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Quelles mesures pour une gestion efficiente des inondations ?

Quelles mesures pour une gestion efficiente des inondations ?
Quelles mesures pour une gestion efficiente des inondations ?
21 octobre 2020

La problématique des inondations auxquelles nous sommes confrontés est aggravée par une pression urbaine très forte. Une étude hydrologique a montré qu’il y a 40 ans, 90 % des eaux de pluies étaient absorbées par les sols (zones de marécages) et 10 % ruisselaient. Aujourd’hui, avec la même pluviométrie, 90 % ruissellent et 10 % sont absorbés par les sols.
Une analyse du phénomène montre plusieurs situations d’inondation différentes de par leurs causes structurelles. La forme la plus courante est causée par l’occupation à des fins d’habitation, de sites inondables du fait de l’évolution pluviométrique, et surtout du fait d’une forme topographique en cuvette. Ces zones sont des réceptacles naturels des eaux de pluie et connectées à la nappe phréatique. C’est ce phénomène qui explique que certaines zones demeurent humides même après l’hivernage, Keur Massar à Dakar et Khakoune à Kaolack sont des exemples concrets.
La perméabilisation des sols est également un autre facteur aggravant. Nous avons des comportements qui accélèrent et aggravent les risques d’emprisonnement des eaux. À Dakar, par exemple, quand vous avez 100 m2, vous construisez sur l’entière totalité de la surface parcellaire et vous couvrez le reste en dur, pour des raisons de commodité et de design…. Le volume d’eau qui était auparavant absorbé par l’espace non constructible, est maintenant déversé dans la rue, encore une fois la rue sert de déversoir.
En filigrane, on constate que les problèmes d’inondation que nous vivons sont en partie dus à des problèmes d’aménagement de territoire. Une implication de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (Anat) en amont de tous les programmes pourrait être un important levier pour limiter les inondations. Certaines mesures pourraient également participer à accompagner les politiques publiques dans les problématiques liées aux inondations. Il s’agit de :
1. Prendre en compte les exigences en matière d’assainissement dans tout projet immobilier et d’aménagement en obligeant les maitres d’ouvrage à intégrer des bassins de rétention et des puits d’infiltration dans leur projet.
2. Aller vers un système de gestion des eaux pluviales en respectant le cycle de l’eau. Infiltrer la goutte d’eau au plus près de son lieu de chute.
3. Sortir d’une logique «tout collecte-évacuation» à une logique complémentaire de «gestion in situ».
4. Limiter l’imperméabilisation des sols en intégrant un coefficient d’espace vert dans les projets immobiliers et un ratio d’espace vert à l’hectare dans tout projet de lotissement.
5. Bannir systématiquement tout déversement des eaux pluviales depuis le toit des immeubles directement dans la rue.
6. Instaurer une taxe sur les constructions nouvelles ou existantes pour prévenir l’imperméabilisation des sols.
7. Prendre les dispositions pour le respect de l’avis préalable de l’Onas sur les grands projets de l’État et les projets de lotissement et de construction des promoteurs privés.

Ces mesures pourraient accompagner l’État du Sénégal qui, à travers le Plan décennal contre les inondations (Pdli), est déterminé à en finir avec les inondations sur le plan national.
Ce projet vise, entre autres objectifs, à mettre en place une politique nationale de gestion intégrée des inondations dans une perspective de réduction du risque de catastrophe et de résilience urbaine, d’améliorer la connaissance du risque au niveau national, d’optimiser la planification et la conception des infrastructures, pour réduire la vulnérabilité du territoire.

Pertinence d’une option stratégique contre les inondations
Rappelons que les pluies diluviennes enregistrées au début du mois septembre 2020 au Sénégal et dans plusieurs pays de la zone sahélienne de l’Afrique de l’Ouest ont provoqué un phénomène d’inondations, sans précédent.
Des pertes en vies humaines, la détresse chez les populations et causant des dégâts importants dans les cités, les villages et les contrées. Le Sénégal, parmi ces pays, est touché dans la vie quotidienne de ses populations, dans les zones d’habitation et même dans les espaces vitaux de production agricole. Devant cette situation de catastrophe naturelle, le Sénégal tout entier s’est mobilisé, et, au premier plan, le Chef de l’Etat, son Excellence Macky Sall, pour une prise en charge méthodique et appropriée du règlement de ces souffrances. Le dossier des inondations charrie naturellement une forte et légitime émotion, mais il convient de projeter un regard lucide sur les solutions structurelles et les urgences de l’heure, dans un contexte où le fléau a gagné plusieurs pays avec une ampleur autrement plus importante. Les manifestations du dérèglement climatique ne sont guère une vue de l’esprit. En tout état de cause, dès la tenue du Conseil présidentiel du septembre 2012, le Programme décennal de gestions les inondations (Pdgi) a été mis en œuvre, avec plusieurs phases qui impliquent des investissements planifiés et stratifiés. Il y a donc lieu de souligner les trois axes phases de ce programme qui se décline en termes d’initiatives, de mobilisation de ressources et de suivi. Cette gestion technique du phénomène des inondations par le gouvernement est donc le corollaire d’une volonté politique déroulée, articulée et coordonnée. Cette volonté puise son inspiration dans le substrat culturel de notre société, où s’exprime le réflexe de solidarité, surtout dans les moments d’épreuves.
Il faut saluer les diligences apportées par le Président de la République, son Excellence Macky Sall, à travers le déclenchement du Plan d’organisation des secours (Orsec) et le budget de 10 milliards de FCfa dont 3 milliards serviront directement d’appui aux populations sinistrées et les 7 autres milliards serviront à accompagner les services de sapeurs-pompiers, de l’Office national de l’assainissement du sénégal (Onas) et de l’achat de matériel supplémentaire. Après une réunion de crise avec les ministres concernés, le Chef de l’Etat a demandé la poursuite du Pdgi. Dans la foulée, le Président Macky Sall a annoncé que le gouvernement présentera prochainement la situation du Pdgi, et surtout un nouveau schéma pour que des financements complémentaires soient trouvés afin de boucler ce programme décennal.
Le Président de la République, Macky Sall, a surtout appelé ses compatriotes à «changer de comportement» du fait «du dérèglement climatique qui est un phénomène mondial». La gestion des inondations exige une sérénité, une lucidité et surtout une mobilisation de tout un chacun. Nous devons tous soutenir et accompagner les pouvoirs publics pour mener à bien les missions qui leur sont dévolues, notamment dans des situations exceptionnelles comme celle-ci. Le gouvernement entend ainsi résoudre cette problématique des inondations «avec méthode et efficacité». Les populations doivent alors garder patience, même s’il est difficile de «cohabiter» avec des eaux de pluies. Ce qui est évident, le Président de la République et son gouvernement vont continuer à œuvrer jour et nuit pour soulager les populations sinistrées.

Par Lansana Gagny SAKHO

Directeur général de l’Onas